La co-animation est une pratique pédagogique de plus en plus répandue dans le monde de la formation professionnelle. Elle consiste à faire intervenir deux formateurs (ou plus) simultanément sur une même session, chacun apportant une expertise complémentaire. Mais lorsque votre organisme de formation est certifié Qualiopi, cette pratique soulève de nombreuses questions : comment justifier la co-animation auprès de l’auditeur ? Quelles preuves fournir ? Comment contractualiser la relation avec chaque intervenant ? Cet article fait le point sur le cadre réglementaire, les indicateurs concernés et les bonnes pratiques à adopter pour que la co-animation reste un atout pédagogique… sans devenir un risque lors de l’audit.
📥 Tableau récapitulatif des critères et indicateurs Qualiopi
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Télécharger le tableauQu’est-ce que la co-animation en formation ?
La co-animation désigne l’intervention simultanée de deux formateurs ou plus lors d’une même séquence pédagogique. Contrairement à l’intervention successive de plusieurs intervenants sur un parcours (chacun traitant un module différent), la co-animation implique une présence conjointe devant le même groupe, au même moment.
Les situations de co-animation sont variées :
- Un expert métier associé à un pédagogue pour allier théorie et pratique
- Un formateur principal accompagné d’un interprète en langue des signes
- Deux spécialistes complémentaires (ex. : un juriste et un comptable pour une formation à la création d’entreprise)
- Un formateur senior en binôme avec un formateur junior dans le cadre d’un tutorat interne
- Un professionnel en activité co-animant avec un formateur permanent pour ancrer le contenu dans la réalité terrain
Quelle que soit la configuration, la co-animation doit répondre à une logique pédagogique identifiable et justifiable. C’est précisément ce point que l’auditeur Qualiopi va vérifier.
Le cadre réglementaire applicable
Le Référentiel National Qualité (RNQ) ne mentionne pas explicitement la co-animation. En revanche, plusieurs textes encadrent indirectement cette pratique, notamment à travers les obligations relatives aux moyens pédagogiques, à la qualification des intervenants et à la transparence de l’information fournie aux bénéficiaires.
📋 Référence réglementaire
Article L.6352-1 du Code du travail : les organismes de formation doivent justifier des titres et qualités des personnels d’enseignement et d’encadrement intervenant dans la réalisation des actions de formation. Cette obligation s’applique à chaque co-animateur sans exception.
Par ailleurs, l’article R.6316-1 du Code du travail relatif à la certification qualité précise que l’organisme doit démontrer la mobilisation de moyens pédagogiques adaptés aux prestations dispensées. La co-animation entre dans cette logique dès lors qu’elle est choisie comme moyen pédagogique.
📋 Référence réglementaire
Décret n° 2019-565 du 6 juin 2019 relatif au référentiel national sur la qualité des actions de formation : il impose aux organismes de formation de démontrer l’adéquation des moyens humains mobilisés avec les objectifs de la prestation (critère 4 du RNQ, indicateurs 21 et 22).
Quels indicateurs Qualiopi sont concernés ?
La co-animation touche plusieurs indicateurs du RNQ. Il est essentiel de les identifier pour préparer les preuves adéquates. Voici les principaux concernés :
Indicateur 1 – Information du public
L’organisme doit informer le public sur les modalités de déroulement de la prestation. Si une session est co-animée, cette information doit figurer dans les supports de communication (programme, convocation, livret d’accueil). Le bénéficiaire doit savoir à l’avance qu’il sera face à deux formateurs et comprendre la raison de ce choix pédagogique.
Indicateur 5 – Objectifs et contenu
Le programme de formation doit détailler les séquences pédagogiques. En cas de co-animation, il est recommandé de préciser la répartition des rôles : qui intervient sur quoi, à quel moment, et avec quelle complémentarité. Cela renforce la lisibilité du parcours pour l’auditeur comme pour le bénéficiaire.
Indicateurs 21 et 22 – Moyens humains et compétences des formateurs
C’est ici que la vigilance est maximale. L’organisme doit pouvoir démontrer que chaque co-animateur dispose des compétences requises pour intervenir. Les preuves attendues comprennent :
- Le CV ou le dossier de compétences de chaque intervenant
- Les diplômes, certifications ou attestations d’expérience professionnelle
- La liste des preuves vérifiées par l’auditeur doit intégrer chaque co-animateur
Pour approfondir la compréhension de l’ensemble des indicateurs, consultez notre article sur les 32 indicateurs Qualiopi : 7 critères, preuves et lecture d’auditeur.
Contractualisation : ce que l’auditeur attend
L’un des points les plus sensibles concerne la nature juridique du lien entre l’organisme et chaque co-animateur. Plusieurs cas de figure existent :
Co-animateurs salariés de l’organisme
C’est le cas le plus simple. Les contrats de travail, fiches de poste et plannings de formation suffisent à justifier l’intervention. L’auditeur vérifiera que la fiche de poste mentionne bien la possibilité de co-animation et que les compétences sont documentées.
Co-animateurs externes (sous-traitance)
Lorsqu’un co-animateur est un prestataire externe, l’organisme entre dans le cadre de la sous-traitance. Cela implique des obligations spécifiques au regard du RNQ :
- Un contrat de sous-traitance ou une convention de prestation mentionnant explicitement la co-animation
- La vérification des qualifications du sous-traitant (indicateur 22)
- Le respect de l’article L.6352-1 du Code du travail sur la justification des titres et qualités
- La conformité au cadre administratif de la sous-traitance en formation
📋 Référence réglementaire
Article L.6351-1 du Code du travail : tout organisme réalisant des actions de formation doit déposer une déclaration d’activité. En cas de co-animation avec un prestataire externe, celui-ci doit lui-même être déclaré s’il facture directement une prestation de formation.
Co-animation avec un professionnel non formateur
Faire intervenir un professionnel en activité (chef d’entreprise, artisan, expert technique) en co-animation est une excellente pratique pédagogique. Mais l’organisme doit justifier :
- L’expertise du professionnel (attestation employeur, portfolio, publications…)
- Son rôle précis dans la séquence (témoignage, démonstration, cas pratique…)
- La complémentarité avec le formateur principal
🎥 La vidéo de référence pour les débutants à Qualiopi
Voir la vidéoLes bonnes pratiques pour une co-animation conforme
Voici les recommandations concrètes pour sécuriser votre pratique de co-animation face à l’audit :
1. Formaliser la justification pédagogique
Rédigez un document explicatif intégré au dossier pédagogique de la formation. Ce document doit répondre à trois questions simples : pourquoi la co-animation ? Quelle est la plus-value pédagogique ? Comment les rôles sont-ils répartis ? Ce document peut prendre la forme d’une annexe au scénario pédagogique ou d’une note dans le programme détaillé.
2. Décrire précisément la répartition des rôles
L’auditeur doit comprendre que la co-animation n’est pas un doublon mais une complémentarité. Précisez par écrit :
- Qui anime quelle séquence
- Qui prend en charge l’évaluation des acquis
- Comment les deux intervenants interagissent pendant la session
- Qui est le référent pédagogique principal pour les apprenants
3. Constituer un dossier complet par intervenant
Chaque co-animateur doit disposer de son propre dossier de compétences, mis à jour et accessible. Cela rejoint les exigences de France Compétences en matière de qualité. N’hésitez pas à consulter le site du ministère du Travail pour les dernières précisions sur les attentes qualité.
4. Tracer la co-animation dans les documents de suivi
Les feuilles d’émargement doivent mentionner les deux formateurs présents. Les comptes rendus de formation, les évaluations à chaud et les bilans pédagogiques doivent refléter la réalité de la co-animation. En cas de contrôle administratif par la DREETS, cette traçabilité sera vérifiée.
5. Anticiper les questions de l’auditeur
Lors de l’audit, l’auditeur pourra poser des questions comme : « Pourquoi deux formateurs pour cette session ? », « Comment les rôles sont-ils répartis ? », « Le coût de la formation reflète-t-il cette co-animation ? ». Préparez des réponses claires, appuyées sur des preuves documentaires.
Co-animation et tarification : un point de vigilance
La co-animation a un impact direct sur le coût de la formation. Si votre organisme facture deux formateurs, les financeurs (OPCO, Caisse des dépôts via le CPF) peuvent demander une justification. Il est recommandé de :
- Mentionner la co-animation dans le devis et la convention de formation
- Justifier le surcoût éventuel par la plus-value pédagogique documentée
- Vérifier les conditions de prise en charge auprès de l’OPCO concerné, certains ayant des plafonds horaires qui ne couvrent pas la co-animation
Ce sujet rejoint les enjeux de valorisation financière de votre certification. Pour aller plus loin,
