La qualité en formation professionnelle est en crise

La semaine dernière, une formatrice indépendante m’a appelée en larmes. Elle venait de recevoir son rapport d’audit de surveillance : deux non-conformités majeures. Pas parce que ses formations étaient mauvaises — ses apprenants la recommandent depuis sept ans. Non. Parce que son « accompagnateur Qualiopi », trouvé sur Instagram, lui avait monté un dossier de preuves généré par intelligence artificielle, sans aucune cohérence avec sa réalité pédagogique. L’auditeur a vu clair en trois minutes. Et moi, en écoutant cette histoire, j’ai compris que quelque chose s’était définitivement cassé dans notre écosystème.

Je m’appelle Delphy Gallardo. J’ai créé mon propre organisme de formation à l’époque de Datadock. J’ai traversé toutes les mutations de ce secteur — les espoirs, les réformes, les désillusions. Et aujourd’hui, je pose un constat que beaucoup partagent dans les couloirs des salons professionnels mais que peu osent formuler publiquement : le monde de la qualité dans la formation professionnelle traverse une crise structurelle. Pas un simple ajustement. Une crise de sens, de confiance et de modèle.

Un marché de l’accompagnement Qualiopi gangrené par l’amateurisme

Quand le Référentiel National Qualité a été publié par le décret n° 2019-565 du 6 juin 2019, l’intention était noble : professionnaliser le secteur, garantir aux financeurs publics — OPCO, Caisse des Dépôts, Régions — que les fonds de la formation professionnelle seraient utilisés à bon escient. La certification Qualiopi devait être un filtre. Elle est devenue un marché.

En quelques années, j’ai vu émerger des centaines d’« accompagnateurs Qualiopi » autoproclamés. Des indépendants sans expérience d’audit, sans vécu d’organisme de formation, sans connaissance réelle du guide de lecture du RNQ publié par France Compétences. Leur promesse ? « Qualiopi en 30 jours, clé en main. » Leur méthode ? Un kit documentaire standardisé, copié-collé d’un OF à l’autre, parfois vendu à prix d’or.

Le problème n’est pas qu’ils existent. Le problème, c’est qu’ils font croire aux organismes de formation que la conformité se résume à des documents. Or, un auditeur Qualiopi évalue la cohérence entre ce que vous annoncez, ce que vous faites et ce que vous pouvez prouver. Un plan d’actions correctives copié depuis un template ne trompe personne lors d’un audit initial ou de surveillance.

Je le dis avec gravité : ces pratiques nuisent d’abord aux petits OF, aux micro-structures, aux formateurs indépendants qui investissent leurs économies dans une certification qu’ils croient entre de bonnes mains. Quand l’audit tourne mal, c’est eux qui paient — financièrement et psychologiquement. L’accompagnateur, lui, a déjà encaissé sa facture et changé de profil LinkedIn.

Les erreurs fréquentes que je constate chez les OF ainsi « accompagnés » sont toujours les mêmes :

  • Des preuves déconnectées de la réalité de l’activité (indicateurs 1, 2, 4 notamment)
  • Une veille réglementaire et pédagogique inexistante, réduite à un tableau vide
  • Aucune appropriation de la démarche d’amélioration continue par le dirigeant
  • Un système de traitement des réclamations qui n’a jamais été utilisé

Si vous cherchez un accompagnement sérieux, je vous invite à lire notre article sur les preuves réellement vérifiées par l’auditeur. C’est un bon point de départ pour distinguer un vrai professionnel d’un vendeur de templates.

L’intelligence artificielle percute la logique documentaire de Qualiopi

Je dois aborder un sujet qui fâche. L’IA générative — ChatGPT, Claude, Gemini, et leurs déclinaisons — a fait exploser la production documentaire dans le secteur de la formation professionnelle. Et pas toujours dans le bon sens.

Aujourd’hui, n’importe qui peut générer en quelques minutes un programme de formation structuré, un livret d’accueil, un règlement intérieur, des critères d’évaluation, un process de veille pédagogique. La forme est impeccable. Le fond est souvent creux. Et c’est là que le bât blesse : si tout le monde peut produire un dossier Qualiopi « parfait » en apparence, la valeur de la conformité documentaire s’effondre.

Je ne suis pas technophobe — loin de là. L’IA peut être un formidable outil pour structurer sa pensée, automatiser la veille, améliorer l’accessibilité de ses supports. Mais quand elle devient un substitut à la réflexion pédagogique, on entre dans une zone dangereuse. Le Centre Inffo a d’ailleurs commencé à documenter l’impact du numérique sur les pratiques qualité des OF.

Le vrai risque est double :

  • Pour les auditeurs : comment distinguer un document produit par un professionnel qui maîtrise son sujet d’un document généré automatiquement ? Le questionnement en audit devient la seule ligne de défense, ce qui alourdit considérablement le processus. C’est d’ailleurs l’objet des nouvelles exigences imposées aux auditeurs Qualiopi.
  • Pour les OF vertueux : ceux qui investissent du temps et de l’énergie dans une véritable démarche qualité se retrouvent en concurrence avec des structures qui « cochent les cases » à moindre coût, sans jamais avoir réellement mis en œuvre les processus décrits dans leurs documents.

Je pense sincèrement que le RNQ devra évoluer pour intégrer cette réalité. La prochaine version du référentiel — si elle voit le jour — devra probablement basculer vers une évaluation davantage centrée sur les pratiques observables et les résultats mesurables, plutôt que sur la production documentaire. Le ministère du Travail ne pourra pas ignorer cette question indéfiniment.

L’État sur-rationalise l’accès au marché : le mur administratif du NDA

Et puis il y a l’autre versant de la crise — celui qui vient d’en haut. Depuis la réforme portée par la loi n° 2018-771 du 5 septembre 2018 (loi Avenir professionnel), l’accès au marché de la formation s’est considérablement durci. En soi, c’était nécessaire. Les abus étaient réels, les fraudes au CPF documentées, les organismes fantômes trop nombreux.

Mais la mécanique administrative est allée trop loin. Les DREETS, chargées de l’enregistrement de la déclaration d’activité (NDA), appliquent désormais des critères qui confinent parfois à l’opacité. Des refus de NDA sans motivation suffisante. Des demandes de pièces complémentaires en boucle. Des délais d’instruction qui s’allongent sans explication. Certaines DREETS exigent des preuves de contractualisation avec des clients avant même que l’OF n’ait le droit d’exercer — une situation kafkaïenne.

J’ai accompagné des dizaines de créateurs d’organismes de formation. Ce que je constate, c’est un décalage croissant entre l’intention du législateur et l’application sur le terrain. Le Code du travail (articles L.6351-1 et suivants) fixe pourtant un cadre clair pour la déclaration d’activité. Mais l’interprétation varie d’une région à l’autre, créant une inégalité de traitement qui fragilise les nouveaux entrants.

Et ce n’est pas tout. La plateforme EDOF (Mon Compte Formation) impose elle aussi des conditions d’accès de plus en plus restrictives. Entre le référencement RS et RNCP piloté par France Compétences, les nouvelles obligations liées aux certifications professionnelles et le plafonnement CPF, le parcours du combattant pour un OF qui souhaite simplement exercer son métier est devenu un labyrinthe réglementaire.

Résultat : on assiste à un phénomène paradoxal. L’État veut assainir le marché, mais les mesures prises pénalisent d’abord les structures sérieuses — celles qui jouent le jeu, qui investissent dans la qualité, qui tentent de se conformer à chaque nouvelle exigence. Pendant ce temps, les acteurs peu scrupuleux trouvent des contournements, rachètent des NDA existants, utilisent le portage ou la sous-traitance pour échapper aux contrôles.

Les erreurs systémiques que j’observe

  • La confusion entre contrôle et accompagnement : les DREETS sont débordées et n’ont ni les moyens ni la mission d’accompagner les OF. Elles contrôlent. Point. Or, beaucoup de primo-déclarants auraient besoin d’un accompagnement institutionnel minimal.
  • L’empilement normatif : RNQ, BPF, NDA, EDOF, RS, RNCP, OPCO… chaque couche ajoute de la complexité sans que personne ne pense l’articulation globale.
  • L’absence de dialogue sectoriel : les organismes de formation n’ont pas de voix collective suffisamment forte pour peser sur les arbitrages. Les syndicats patronaux de la formation sont peu audibles. Le terrain subit.

Pour ceux d’entre vous qui se retrouvent dans cette situation, Digi-Certif propose un accompagnement qui tient compte de ces réalités — pas un kit miracle, mais un vrai travail de fond.

Une crise structurelle — et pourtant, j’y crois encore

Si j’écris cette tribune, ce n’est pas pour le plaisir de noircir le tableau. C’est parce que je pense que la lucidité est la condition de l’amélioration. Et l’amélioration continue, c’est précisément ce que Qualiopi est censé incarner.

Oui, le marché de l’accompagnement est pollué par des acteurs sans profondeur métier. Oui, l’IA déstabilise le modèle probatoire du RNQ. Oui, l’administration verrouille l’accès au marché avec une rigidité qui confine parfois à l’absurde. Mais ces trois crises convergent vers une même exigence : il faut redonner du sens à la démarche qualité.

La qualité en formation professionnelle ne peut pas se réduire à un dossier de preuves. Elle ne peut pas être déléguée à un chatbot. Elle ne peut pas être garantie par un tampon administratif. La qualité, c’est ce qui se passe entre un formateur et un apprenant. C’est la rigueur d’un diagnostic préalable. C’est l’honnêteté d’une évaluation. C’est la capacité à se remettre en question après chaque session.

J’ai créé mon OF à une époque où Datadock était le sésame. J’ai vu la transition vers Qualiopi — ses promesses, ses ratés, ses ajustements. Et malgré tout, je continue de croire que le RNQ porte en lui une vision juste : celle d’un secteur qui se professionnalise, qui rend des comptes, qui place le bénéficiaire au centre.

Mais pour que cette vision survive à la crise actuelle, il faudra du courage politique, de la régulation sur le marché de l’accompagnement, une adaptation du référentiel à l’ère de l’IA, et surtout — surtout — de l’écoute envers ceux qui, chaque jour, font tourner la machine : vous, les organismes de formation.

Quoi qu’il arrive, Digi-Certif continuera d’être à vos côtés. Pas pour vous

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